GUITARE PLANETE



Amour ?

Quel vaste programme...Soit nous en parlons pendant des heures, soit nous nous taisons. On ne peut pas aborder ce sujet fondamental en deux minutes. Cependant, je suis comme tout le mode, l’amour m’a rendu souvent heureux et parfois triste.


Blues ?

C’est un des plus beaux courants musicaux. Si le blues n’existait pas, je ne sais pas si j’aurais fait de la musique. Je l’ai découvert grâce à ceux qui l’ont remis au goût du jour : Clapton, les Yardbirds, les stones et les Animals. Depuis, j’ai fait des pèlerinages à travers tout le blues de Robert Jonhson jusqu’à Muddy Waters. Ce que j’affectionne le plus dans cette musique, c’est la chaleur et l’humanité qu’elle transmet.

Charisme ?

Je ne pense pas être un chanteur charismatique. J’aimerais bien le devenir mais ce n’est pas une obsession. Cependant, j’essaie d’être, d’exister, c’est déjà suffisamment difficile.

Dépendance ?

Pour moi, un drogué, est un être dépendant, mais la dépendance est liée exclusivement aux drogues dures. La drogue fait dorénavant partie de mon passé depuis longtemps.
Je n’ai jamais été un junkie même si j’ai failli le devenir. Dès l’instant où j’ai senti le risque, j’ai décidé de tout stopper. J’aime pouvoir survivre de toute aventure. J’essaie de ne pas être accro à quoi que ce soit. Maintenant, je me sens un homme totalement libre. En revanche, fumer un joint n’a jamais annihilé l’esprit de personne.


Enfance ?

J’ai des excellents souvenirs d’enfance. C’est après que cela s’est gâché. Je suis tombé sur des profs qui étaient des cons, de vrais salauds. Comme j’étais plus sensible que les autres gosses de mon âge, j’ai fatalement beaucoup plus souffert. Je fais une grosse différence entre l’enfance heureuse de la maison où j’ai été dorloté et l’angoisse de l’école.

Fidélité ?

Je trouve dangereux de proclamer une certaine fidélité. Il peut y avoir des accidents. J’ai, malgré tout, une mentalité de personne fidèle. Je préfère de loin la fidélité aUX dérapages, même si je les conçois.


Guitare ?

Lorsque j’ai commencé à jouer de la guitare, à douze ou treize ans, mon prof de piano m’a engueulé parce que je me dirigeais vers la six cordes. J’ai trouvé sa réaction ahurissante. A sa place, j’aurai été ravi qu’un de mes élèves prenne la liberté de continuer la musique, via un autre instrument. Il était de surcroît persuadé que je ne gagnerais pas ma vie avec la musique. Voilà ce que j’appelle un grand pédagogue devant l’éternel.


Harmonie ?

J’ai eu beaucoup de mal à la trouver. Il m’a fallu beaucoup de temps et d’expérience pour en arriver là ou j’en suis. Maintenant, j’ai l’impression de m’en être un peu plus approché. Il n’y a guère que la mort qui puisse t’amener à un équilibre total. L’harmonie, comme la liberté, est une quête permanente.


Inavouable ?

La question est habile. Je ne peux malheureusement y répondre. Ce qui est inavouable n’est par définition pas racontable. Cependant, tout est une question de moment. Ce qui ne l’est pas pour l’instant, le sera peut-être tout à l’heure. Qui sait ?

Jouissance ?

C’est important. Je suis un jouisseur de la vie en général. Dès que cela s’arrête, je deviens fou. Tout ce que je fais doit comporter la notion de plaisir, sinon ce n’est pas intéressant. Je ne pourrais jamais faire quoi que ce soit gratuitement, sans prendre du plaisir...

Kaki ?

Le fruit ? (rires). Je ne porte aucun jugement sur cette couleur. Un jour j’ai acheté une voiture kaki, alors que je suis antimilitariste. Je suis suffisamment libre dans ma tête pour acheter une bagnole de cette couleur. Ce n’est pas la faute au kaki si les militaires l’ont choisi.

Légalisation ?

Il n’y a pas de grand discours à faire. Cela vient peu à peu dans les différents pays d’Europe. La légalisation empêcherait les malfaiteurs de nuire. Les mecs, faites gaffes, il paraît qu’il peut y avoir du crack dans le haschich. Pour ce qui est de substances, je pense que seul l’herbe est un produit sain. Mais je n’encourage personne à fumer. Mon message concerne ceux qui le veulent. Qu’ils puissent la trouver facilement et normalement. Je connais des fumeurs de joints qui n’ont jamais touché à autre chose. Il faut arrêter de dramatiser. Fumer de l’herbe est moins dangereux que de boire de la bière.

Médias ?

Cela dépend de ce que tu appelles médias. La presse écrite ne m’a jamais ignoré. Ils ont sorti beaucoup de papier sur moi. Néanmoins, les radios et la télévision m’ont effectivement boudé. A chaque fois que je devais participer à une émission de télé et qu’elle s’annulait, j’étais ravi. Je suis, paraît-il, un des rares à réagir de cette façon dans le métier.

Nationalisme ?

Je pense que des adeptes d’un nationalisme primaire sont des gens qui ont un quotient intellectuel plus faible que la moyenne. Ils n’ont pas assez d’intelligence pour comprendre que nous avons tous intérêts à être sur le plan d’égalité. Aujourd’hui, j’ai peur de taper sur eux car je crains qu’ils soient un peu inférieurs aux autres. Je ne voudrais pas que l’on pense que je tape sur les faibles d’esprits. Etre un bon citoyen du monde est déjà une trop vieille notion. Il faut devenir un citoyen cosmique.

Objectivité ?

C’est pratiquement impossible de l’être. Nous sommes tous marqués par nos expériences. Je ne pense pas l’être. Etre objectif, cela signifie savoir prendre du recul. Ce n’est pas évident d’y parvenir. De toute façon, un musicien ne l’est pas. Il me semble qu’on lui demande justement le contraire, d’exprimer sa définition du monde.

Présidentielle ?

Je n’ai pas envie d’y consacrer la moindre énergie. Je n’ai jamais eu confiance en ces gens-là. C’est dommage car c’est quelque chose d’urgent et d’important pour une société. Malheureusement, cela a tellement été bousillé, que je ne peux y accorder le moindre intérêt. Je me tiens au courant, c’est déjà bien. Dans les année 70, j’ai écrit une chanson où j’appelais l’homme politique " Papa ". J’avais l’image de De Gaulle comme Papa de la France. (NDLR : " L’homme politique, le rollmops et la cuve à mazout "). Je pourrais encore la chanter tant elle reste d’actualité. Mais aujourd’hui, ce serait trop beau d’appeler un politique Papa, je ne pourrais même pas l’appeler mon pote.

Quotas ?

Cela me fait penser à la couleur des vaches. En dix ans leur couleur a changé quatre fois. A la campagne ils parlent souvent de quotas laitiers. Avons-nous d’autres quotas ?

Rock ?

C’est comme le mot amour et blues. Je ne peux pas développer ce thème en si peu de temps. Le rock c’est un style de vie, d’aventure.

Suicide ?

C’est une très vieille idée. Je me suis décidé à ne plus y penser, depuis que j’ai des enfants. Pendant des jours et des jours, j’ai vécu avec cette terrible idée le matin en me levant : " Tu ne verras peut-être pas le soir. " C’était une idée permanente, à cette époque-là. Mais ce n’est pas vivable d’être suicidaire. Un jour, j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai résolu la question en décidant de continuer à vivre coûte que coûte. Depuis, je me sens un peu mieux.

Télévision ?

Je n’ai aucune culture télévisuelle. Il n’y a pas très longtemps que je possède un poste. Cette nostalgie des émissions des années 60, je ne la connais pas. Je découvre, actuellement, sur le câble toutes ces séries télé. J’adore zapper. Je suis un fanatique des images. Maintenant, en ce qui concerne mes passages sur le petit écran, en quatre mois j’en ai fait autant qu’en dix ans. Si je le fais c’est surtout pour mes fans.

Underground ?

J’apprécie tout ce qui est underground. D’ailleurs, le peu de culture que je possède vient de là.

Voyeurisme ?

Je suis voyeur lorsque je suis en phase d’écriture. Lorsque je suis excéder de fouiller au fond de moi, je me mets à regarder à l’extérieur. En revanche, le voyeurisme des reality-show me navre. Cela me fait mal de voir les gens se dénuder de la sorte devant des caméras. Je ne sais pas ce que les producteurs leur promettent pour arriver à " ça ". Ils ne doivent pas penser aux regards des voisins qui vont les croiser le lendemain dans la cage d’escalier. Se sont-ils posé la question de l’après ?. Surtout quand tu connais la méchanceté de l’être humain.


Walkman ?

Je travaille beaucoup au walkman. J’en ai plusieurs, dont un avec lequel j’enregistre une partie de mes maquettes. C’est un superbe instrument de travail lorsque tu veux t’isoler. Je les utilise le plus souvent possible que ce soit dans l’avion, le train ou à la maison.


Xénophobie ?

Nous en avons déjà parlé tout à l’heure avec le nationalisme. J’ajouterais que la xénophobie est un appel à la violence, à la barbarie.


Le Yin et le Yang ?

Je peux être les deux. J’adore les contraires, sauf en politique. En politique, j’aime la démocratie, la vraie. Je ne pense pas qu’il faille développer, les exemples de contraire ne manqueront pas à chacun.


Zénith ?

J’aime beaucoup cet album. Nous l’avons bien mixé. Je suis très content du résultat. De plus, je connais bien cette salle. J’y ai déjà joué trois fois. C’est un très bel endroit lorsque le public vibre avec l’artiste.
 
 
 Tapé par Jérome Decot, avec toute sa gentillesse.


 

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