Je suis un adolescent - Le Figaro Etudiant |
Comment vous situez-vous par rapport aux autres chanteurs français ?
Nous fréquentons le même milieu. Mais nous ne sommes pas beaucoup : il y a moins de chanteurs que de députés en France. J'ai des affinités avec ceux qui pratiquent la dentellerie au niveau de leurs textes : Souchon, malgré nos différences, il y a une sorte d'adolescence qui continue chez lui et qui perdure chez moi. Ou encore Renaud, Cabrel, ou Bashung.
Vous faites de la musique depuis 20 ans...
Non, 20 ans, c'est pour la musique officielle. J'en fais depuis l'âge de 12 ans.
Est-ce le même public qui vous suit depuis vos débuts ?
Depuis les cours de récré, c'est-à-dire 1960, oui, je pense. J'ai commencé en même temps que Johnny.
Quels sont vos points communs avec Johnny ?
J'ai fait mon premier disque 18 ans après lui... Il n'écrit pas beaucoup de chansons quand même : une musique en trente ans. Mais c'était mon idole quand j'étais jeune. J'aime bien ce mec comme bête de scène. Il n'y en a pas beaucoup en France.
Qui y a-t-il, à part vous et lui, bien sûr
?
On n'est que deux ! Non, il ne faut pas écrire ça, je plaisante. Mais, Johnny, Mick et moi, on est trois...
Que pensez-vous de la nouvelle génération de la chanson française ?
Je n'écoute pas tellement de disques, je préfère prendre un bouquin ou regarder un film. La chanson française, à part Léo Féré, franchement, je n'ai jamais beaucoup accroché.
Vous sentez-vous une responsabilité vis-à-vis des jeunes ?
Non. Je ne suis pas un chef de parti, ni un chef de secte, je n'ai pas l'intention de me présenter demain comme député ou sénateur. Je n'ai pas à dire ceci est bien, ceci est mal, ce n'est pas mon rôle.
Vos textes sont moins violents qu'il y a quelques années...
Non, la violence est plus déguisée : quand on devient vieux, on devient malin. On cache, on se déguise.
Vous êtes l'un des seuls chanteurs français qui fasse de la poésie. Pourquoi ?
Je n'ai pas cette prétention ! Depuis longtemps je m'intéresse à la poésie : à partir de 15 ans. Ça commencé avec Villon qui m'a beaucoup marqué. Ensuite il y a eu tous les romantiques, puis Rimbaud, Baudelaire, et les grands maudits comme Lautréamont, les surréalistes, la beat generation.
Quels rapports doit entretenir la poésie avec la chanson ?
Elles doivent s'entretuer ! Non, tout dépend de ce que l'on veut exprimer. Il faut parfois les dissocier pour marquer certains silences, créer des syncopes, rajouter des mots pour casser la musique. Parfois il vaut mieux qu'ils s'alignent. La poésie peut être en opposition totale avec la musique, comme la flatter et la caresser. Elle peut faire tout ce qu'on veut bien lui faire faire.
Quelle est l'influence de la paternité sur votre
vision du monde ? Vous disiez que vous étiez encore un adolescent...
C'est une image que je me donne. Je suis adolescent parce que je n'arrive pas en vieillissant à arrêter la révolte qu'il y a au fond de moi. Ni à me poser comme les gens de mon âge sont sensés le faire : devenir des bourgeois et attendre tranquillement la fin dans le plus grand confort. Je n'ai pas choisi quelque chose de confortable. La paternité est en dehors de ma vie artistique. Ça ne concerne que moi.
Pour vous, la chanson, c'est un besoin, un plaisir...
Une sorte de respiration.
Tapé Jérome DECOT, emprunté par moi avec toute sa gentillesse.